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In memoriam Jean-Marie Beaurent

quelques mots sur le parcours de l'abbé Jean-Marie Beaurent et l'homélie de ses funérailles

 

Le 31 décembre dernier, le diocèse de Cambrai rassemblé dans sa cathédrale disait adieu au Père Jean-Marie Beaurent.

Prêtre du diocèse, artiste musicien, chef de chœur, philosophe et théologien, il avait rejoint l’Université Catholique de Lille dont il était maître de conférence, et directeur de l’Institut international Foi, Art et Catéchèse (IiFAC).

Le Père Jean-Marie Beaurent a longtemps fait partie de la Commission de Musique Liturgique du Diocèse.

Liturgiste et compositeur, certains se souviendront qu’il a composé le chant d’ouverture du Synode Diocésain (en 1999) « Heureuse Eglise de Cambrai».

 

Le diocèse perd un serviteur fidèle, un ami fervent, un artiste selon le cœur de Dieu… lui qui disait :

« Nos chants ont besoin de souffle, nos musiques d’Esprit… Ce n’est pas seulement ici apprendre à respirer

ou à interpréter techniquement… Mais apprendre à chanter au souffle et au rythme de Dieu, entrer en

harmonie, en consonance avec Dieu, symphoniquement…»

A Dieu, cher Jean-Marie !

Yannick Lemaire

 

 

 

 

Homélie de l'abbé Jacques Bernard aux funérailles de l'abbé Jean-Marie Beaurent
 
Cher Jean-Marie
Rarement homme aura rassemblé autant de sympathie. Ta famille : Marie Lou, Pi-Jos, Anne-Marie et leurs familles. Ils ont été à Baives, le berceau où tu as grandi, construit par la rencontre de deux artistes, un papa sculpteur et une maman musicienne repartie trop tôt vers le Père quand tu avais 16 ans.
A Baives, tu accueillais les amis de ton année d’ordination. Ils t’on revêtu aujourd’hui pour la dernière fois de ton aube et de ton étole. Le diocèse qui t’a fait prêtre restera toujours ta famille et le Père Evêque est aujourd’hui fier de son prêtre.
C’est aussi à Baives que tu as accueilli la famille naissante de Mess’Aje où, avec Françoise Burtz, les artistes et les théologiens en herbe que nous étions, se réunissaient pour apprendre à dire l’Evangile à une Eglise de laïcs adultes que le concile ouvrait à toutes les espérances.
Ta famille, c’est aussi le séminaire premier cycle où tu as enseigné. Puis ce fut l’Université Catholique de Lille pour une longue croisière. Grâce à la ténacité du rectorat, avec collègues et amis, nous avons collaboré à faire que l’intelligence de la foi puisse, par des outils appropriés se mettre à la disposition des chrétiens adultes pour évangéliser leurs frères. L’IiFAC est là aujourd’hui avec les élèves des quatre coins du monde, Liban, Lituanie, Pologne, Inde, Canada, Afrique, Belgique, France. Ils célèbrent avec nous dans leurs pays respectifs ta dernière messe sur la terre et ta première dans le ciel.
Ta famille, c’est aussi, avec tes filleuls et nombreux amis, la musique qui a donné une âme à tous les outils que nous avons faits. Marcel et l’ensemble vocal Exultate Deo t’accompagnent aujourd’hui et seront pour toujours tes enfants et tes amis. Telle est la joie et la fécondité du sacerdoce que Jésus t’a confié. Celui qui renonce pour suivre Jésus à Père, Mère, Epouse, enfants, Dieu les lui rend au centuple, et déjà en ce monde. Ils sont venus honorer ton cercueil avec les lumières d’Evangile que tu leur as transmises toute ta vie.
Amoureux de la liturgie, tu nous as toujours dit : il faut accueillir les textes que la liturgie nous donne comme Parole de Dieu qu’on ne choisit pas plus qu’on ne choisit le jour de sa mort. L’Evangile du jour est le commencement de l’Evangile de Jean. Il était lu au temps où Jean-Marie faisait son séminaire à la fin de chaque messe, comme la quintessence de tout l’Evangile. La liturgie nous le donne aujourd’hui pour célébrer Noël et nous l’accueillons pour célébrer, comme naissance au ciel, la fin de la vie sur terre de celui qui est devenu notre maître et notre ami. Ecoutons cet Evangile :
Au commencement était la Parole, le Logos. Depuis le V° s. avant JC, l’unique Dieu, Créateur du ciel et de la terre, était pour les juifs le Dieu d’Amour. Confrontés à la Sagesse grecque qui avait abandonné les dieux de la mythologie pour le Logos des philosophes, les juifs avaient appelé LOGOS cette Parole d’Amour. Jean-Marie était un philosophe. Tout son enseignement tentait d’articuler cette sagesse des philosophes avec sa foi dans le Dieu Amour qui était au cœur de sa vie toute de bonté. Cette Parole n’était plus chez lui le monde des idées mais cette interface d’Amour entre Dieu et son peuple donnant à la lumière de l’intelligence une densité ignorée des philosophes. « L’amour à des raisons que la raison ne connaît pas » dit le poète. Pour dire cet amour, Jean-Marie empruntait au philosophe juif Lévinas l’image du visage. Le visage d’autrui appelle tout homme à respecter la tendresse de Dieu qui y est déposée et à se laisser transfigurer par la réponse qu’il lui offre. Comme le dit notre Evangile : La Parole était tout à la fois tournée vers Dieu et lumière des hommes. Jean-Marie, comme philosophe mais surtout comme prêtre et comme ami, en portait dans son visage le reflet.
Cette Parole, poursuit l’Evangile, a visité les hommes par son « envoyé » Jean-Baptiste. Il est venu rendre témoignage à cette lumière sans être lui-même la lumière. Entouré des mystiques de l’apocalyptique juive, Jean-Baptiste attendait que Dieu veuille renouer avec les hommes pécheurs en ouvrant à nouveau le ciel. De même, Jean-Marie aimait à  faire le va-et-vient entre un judaïsme tellement sûr de l’amour de Dieu qu’il croyait en avoir épuisé la mesure et cette attente des mystiques qui, comme Jean-Baptiste, ouvraient la brèche de la fragilité humaine à l’inattendu de la miséricorde divine… L’Evangile poursuit : cet inattendu était dans le monde au temps des mystiques juifs et le monde sous le poids du péché ne l’a pas connu. Jean-Marie était intarissable à poursuivre l’orgueil qui empêche le cœur de s’ouvrir à cette miséricorde divine qui tend la main à notre pauvre fragilité humaine. Et voilà pourtant le miracle : A tous ceux qui ont cru à cette miséricorde, avant même la venue de Jésus, Dieu a donné de pouvoir devenir « enfants de Dieu ». A la suite des mystiques de l’apocalyptique juive, à la suite de Jean-Baptiste, Jean-Marie a aimé attendre la venue du Messie.
Et le Verbe s’est fait « chair », il a séjourné parmi nous, et nous avons vu sa Gloire. Dieu a fait l’impensable. Notre visage ne pouvant refléter le sien à cause de notre péché, il a pris notre visage pour nous échanger le sien. Noël de « pauvres » me disait Jean-Marie la vielle de sa Mort. Il y avait une petite crèche sur sa table de nuit. C’est tout le mystère de la proximité de Dieu, Dieu se faisant pauvre pour rencontrer le pauvre. C’est tout le mystère de Noël et c’est tout le mystère de la liturgie qui prolonge le mystère de Noël. Jean-Marie n’était pas seulement un philosophe, ni un amoureux de l’apocalyptique juive, il était aussi un chantre de la présence du pauvre aux pauvres pécheurs que nous sommes et il chantait cette présence dans la liturgie qui était pour lui le grand art. Cet art où le chef de chœur, cède la place à Dieu lui-même. L’eucharistie ou le baptême nous plongent dans le mystère de celui qui, refusé par les prêtres du Temple, a pris sur lui la mort qui ne le concernait pas, pour la retourner en pardon et emmener toute la création, rachetée dans le sang, jusque dans le sein du Père qu’il rejoignait. Jean-Marie aujourd’hui a uni sa propre mort à Celle de celui en qui il a été baptisé et dont il reste le prêtre pour l’éternité. Dans cette Eucharistie il unit son sacerdoce à celui de Jésus qui a rejoint le Père en même temps qu’il demeure avec nous jusqu’à la fin des temps. Toi aussi, tu restes avec nous, cher Jean-Marie et tous, Famille de la terre, Diocèse, Université, Mess’Aje, l’IiFAC, Exultate Deo, et tous les artistes et amis, tous nous nous mettons sous ta protection et celle de Notre Dame de Grâces qui t’a veillé depuis ton ordination en cette cathédrale jusqu’à ce jour ou tu la retrouves, une fois achevé ton chemin sur la terre.
Jean-Marie aurait sûrement conclu l’homélie en vous souhaitant une bonne et heureuse année. Nous avons aujourd’hui un intercesseur dans le ciel pour faire que ces vœux deviennent joie du ciel. Au nom de Jean-Marie, meilleurs vœux à tous et à toutes.
 

 

 

Article publié par Michel LEMAIRE • Publié le Samedi 16 janvier 2010 • 3879 visites

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