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21 UNE MODERNISATION EN TOUS DOMAINES

La nouvelle administration, sous contrôle de l’Etat, s’est donnée comme objectif de réaliser une production optimale, a vec un maximum de rentabilité. Cette politique se concrétise sur le terrain par une série de mesures, affectant tous les domaines ; technique, installations, commercialisation, diminution des effectifs, etc.
L’équipement, dégradé par quatre années de guerre, est devenu obsolète. Il est remplacé au fur et à mesure de l’avancée du progrès, par du matériel plus performant
L’exploitation au fond est améliorée en efficacité et en sécurité. Les marteaux-piqueurs s’effacent devant des haveuses et des machines permettant d‘augmenter le rendement. Le boisage traditionnel des galeries est remplacé par un soutènement marchant. La cavalerie en place, depuis le tout début des mines, cède la place à des locomotrices électriques qui traînent des trains de berlines dont la capacité unitaire est augmentée.
Partout l’électricité, plus souple et moins coûteuse, remplace la vapeur comme force motrice. Les Groupes sont équipés ou s’équipent de Centrales de plus en plus puissantes ; Dechy et Flers, pour Douai, Thiers et plus tard Hornaing sur le site d’Heurteau, pour celui de Valenciennes. La modernisation affecte la contexture des chevalets eux-mêmes suivant une nouvelle conception plus légère, plus aérienne, non moins plus résistante aux charges remontées. La modernisation joue également pour les Usines d’agglomérés. Sur un plan plus personnel, les lampes à benzine sont systématiquement remplacées par des casques avec éclairage électrique, améliorant à la fois maniabilité et sécurité pour les hommes.
Des programmes ambitieux de restructuration sont lancés. Partout, les sièges les moins rentables sont fermés à la production, ne servant pour certains, qu’à l‘aérage ou la descente du personnel et du matériel.

 

Dans le groupe de Valenciennes, le nombre de 19 sièges d’extraction est ramené à 10, avec concentration sous terre pour la 5920357 5920357  remontée, vers des fosses super équipées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans celui de Douai, la même orientation s’enclenche, en incluant les fosses de la concession de l’Escarpelle. Sur les 18 sites de départ, sept sont retenus en des endroits judicieusement choisis, pour éviter le maximum de manutentions et de transport.
Si, au départ, la formule n’entraîne pas de réduction d’effectifs, celle-ci se manifeste au fil des années, dans un souci de rentabilité optima. Ce problème nouveau de compression va se découvrir avec acuité, lors de la récession, accélérant le processus.
Les responsables s’aperçoivent également que l’exploitation modernisée de leurs Chemins de Fer peut être une source d’économie appréciable. Jusqu’alors la traction des trains de charbon était traditionnellement assurée par des locomotives à vapeur (utilisation du charbon oblige). Profitant d’un renouvellement impératif du parc par suite d’amortissement, l’option est prise de doter les Groupes, de locomotives Diesel puissantes et de locotracteurs pour les manœuvres. Désormais, il faut s’habituer, à partir de décembre 1960 et les années suivantes, à voir sur les carreaux, des engins modernes à moteur thermique.
Parallèlement les installations des chantiers ferroviaires de triage et autres ; voies, signaux, postes d’aiguillage, etc. bénéficient de la fluidité électrique, en matière de sécurité. Le matériel tracté interne, à limite d’usure, est remplacé systématiquement par des véhicules plus adaptés et de charge plus importante.
La rentabilité sera fatale en 1971, à la poursuite du Service voyageurs, pour les navettes du « Train d’Anzin » entre Somain et Péruwelz.
La recherche de productivité affecte également la commercialisation des produits. Les anciennes Compagnies étaient marquées par la loi de la concurrence. Des efforts avaient été tentés avant-guerre, par un Organisme de l’Arrondissement minéralogique, pour une certaine harmonisation des tarifs. Désormais, les ventes sont sous la responsabilité d’un Service unique spécialisé. Les Groupes se trouvent désormais en position de complémentarité, l’un par rapport à l’autre, dans le groupage des envois aux clients importants. Dans le cadre d’une livraison de masse, à moindre coût, avec bénéfice de tarifs adaptés et minorés, la diminution des frais de transport, par fer ou voie d’eau, permet une meilleure approche commerciale, par rapport à la concurrence qui ne va pas tarder à s’affirmer. Un Service commun HN/SNCF permet d’établir des programmes de transport plus fluides, avec moindres délais. Le Service commercial en arrive même à établir les titres de transports taxés, avant remise au réseau national.
Parmi les préoccupations des responsables, on ne peut omettre les recherches pointues dans le domaine de la grisoumètrie pour trouver des solutions adaptées et pallier ainsi, autant se faire que peut, aux éventuelles catastrophes. Pourquoi ne pas parler non plus des avancées médicales pour combattre, par tous moyens, la terrible maladie du mineur qu’est la silicose ?
Ce souci de rentabilité anime le personnel ; ingénieurs, cadres et ouvriers, tout au long des années que l’on qualifie des «trente glorieuses », avant la période de récession qui s’amorce en 1970. La Nationalisation, avec des méthodes plus rationnelles, permet ainsi une entrée plus facile dans l’ère moderne, mieux que n’auraient pu le faire les anciennes Compagnies. Bientôt en effet, s’affirme la concurrence d’autres sources d’énergie ; pétrole, gaz, nucléaire, reléguant le charbon, trop coûteux et moins pratique, au rang d’appoint. Un combat d’arrière garde s’ouvre, avant une disparition totale dans le dernier quart du XX° siècle.
Le nouveau statut n‘émousse en rien l’esprit revendicatif de la corporation.
Après, 1947,1948,1953, cette dernière contre les décrets Laniel, la grève est totale, en mars 1963. Elle va durer 36 jours. Elle est provoquée en particulier, par des prévisions gouvernementales, dévoilées sur l’avenir de l’extraction. Elles tendent à enclencher une accélération de la récession des mines du Nord. Le mouvement reste le symbole de l’action dans l’unité, de toute une profession qui défend farouchement son outil de travail. Les conséquences de ce mouvement se feront sentir jusqu’en 1968. Les mineurs encore traumatisés ne seront pas le fer de lance dans l’insurrection qui sévit en mai.
Il est inutile ici de rappeler les mouvements, totaux ou partiels, qui ont marqué le bassin jusqu’à sa fermeture. Ils ne connaîtront plus l’ampleur de 1963, dans une période où chacun entrevoit déjà le terme inexorable de trois siècles d’Histoire.
Entre temps, la division syndicale se manifeste une nouvelle fois, en 1964. La scission de la CFTC, lors de son Congrès annuel provoque la création d’une nouvelle Confédération ; la CFDT. La puissante Fédération CFTC des mineurs reste en grande partie fidèle à ses engagements, faisant toujours référence à la doctrine sociale de l’Eglise. Par sa détermination, elle contribue à la poursuite du mouvement syndical chrétien sur le plan national.

Article publié par Michel Dussart • Publié le Samedi 17 novembre 2007 • 3436 visites

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