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C'est quoi, réussir sa vie ?

Edito Toussaint 2004

C'est quoi, réussir sa vie ?

                                                              Toussaint 2004

 

 

      Qui ne se pose la question ? L'Église y répond en nous offrant la vie des saints et des saintes. En voilà deux qui valent le détour :

 

      Frédéric... comme OZANAM. Laïc, marié, papa d'une petite Marie. Études de droit, de lettres, professeur à la Sorbonne. Tout pour "réussir" dans le "monde". En 1833, il a 20 ans, une question, une seule, le hante et ne le quittera plus : « Que fait l'Église pour les pauvres ? ». La révolution industrielle accentue la paupérisation ouvrière. Le prolétariat, c'est-à-dire la situation où le seul pouvoir qui reste à quelqu'un est celui d'avoir des enfants (prolès, en latin), augmente.

 

      Avec quelques amis de son milieu bourgeois, Ozanam décide de se mettre au service des pauvres et participe à l'émergence politique de ce que l'on appellera le "catholicisme social". Il n'a que six confrères en 1833, ils sont cent en 1834 et dix mille en 1848 pour servir les plus pauvres de ce qu'on appelle désormais "la classe ouvrière". Il sera de ceux qui inspireront le pape Léon XIII lorsqu'il écrira en 1891 la célèbre encyclique "Rerum novarum", fondement de la doctrine sociale de notre Église. Rongé par la maladie, il meurt à quarante ans en disant : « Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitié de moi ! ».

 

      Comme pour l'offrir aux jeunes du monde entier, le pape Jean-Paul II le béatifie à Paris lors des J.M.J. (août 97).

 

      Édith... comme STEIN. Née juive, elle découvre et choisit le Christ après une « longue et douloureuse mutation intérieure »  ([1]). Lycéenne brillante, jeune infirmière volontaire sur le front de la guerre de 1914, philosophe assistante de son vieux maître Husserl, et enfin carmélite, elle n'a qu'une seule passion, la Vérité. Elle voit à quel point le nazisme est mensonge, « culte de l'obscur et des dérives émotionnelles » (1). En 1933, pressentant l'horreur des années à venir, elle écrit au pape Pie XI afin qu'il dénonce la persécution hitlérienne, ce qu'il fait en 1937 dans l'encyclique « Mit brennender Sorge ».

 

      Elle va prendre de façon curieuse sa part à la passion du Christ : ses supérieures, pour la protéger, lui font quitter l'Allemagne et l'envoient dans un carmel des Pays-Bas. Les évêques de Hollande dénoncent ouvertement le nazisme en 1942. En représailles immédiates, Hitler fait arrêter tous les juifs de Hollande devenus chrétiens. Édith est déportée et « gazée » à Auschwitz. En 1939, elle avait supplié sa supérieure de lui permettre de « s'offrir en holocauste pour la paix du monde ». Ajoutant : « Que le règne de l'antichrist s'effondre, si possible sans guerre mondiale... Je sais que je ne suis rien, mais Jésus le veut... ».

 

      Jean-Paul II l'a canonisée en 1998. Et par elle, et par Ozanam, nous voyons un peu mieux ce que veut dire « réussir sa vie ».

 

@ François GARNIER

Archevêque de Cambrai



([1]) Édith Stein, l'histoire en secret par Marguerite Lena – Les Études, juin 1998, p. 804.

Article publié par Secrétariat DIOCESAIN • Publié le Mercredi 20 octobre 2004 - 14h42 • 4553 visites

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