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Devant l'Islam en France…

Edito du 30 Novembre

Devant l'Islam en France…

 

      Devant l'Islam, il va nous falloir garder raison. Et garder raison, selon moi, ce sera d'abord nous souvenir de notre propre histoire pour humblement le questionner, ensuite saisir la chance qu'il nous donne à nous les chrétiens, enfin tout faire pour faire reculer les peurs.

 

Nous souvenir de notre propre histoire pour humblement questionner l'Islam.

      Dans notre Église, il nous a fallu presque vingt siècles pour comprendre qu'il n'y avait rien à craindre lorsque nous prenions le beau risque de questionner nos sources sur le Christ, les évangiles, et notre histoire ; que nous ne devions pas avoir peur d'en faire une lecture critique jusqu'à reconnaître nos fautes et en demander pardon. Il nous a fallu longtemps pour apprendre qu'un vrai croyant doit défendre la liberté religieuse, sans rien perdre de la joie d'annoncer sa foi et d'éveiller les consciences. Il nous a fallu longtemps pour accepter que la démocratie soit une belle manière de vivre la responsabilité politique. C'est parce que nous avons mis longtemps à comprendre tout cela que nous saluons, parmi les musulmans, ceux qui n'ont pas peur de s'aventurer sur ces chemins, en comprenant que leur marche soit longue.

 

Saisir la chance que l'Islam nous donne, à nous les chrétiens.

      C'est à l'évidence celle de redécouvrir le cœur de notre foi, en particulier sur deux points :

§       Le premier : l'Islam reconnaît en Jésus le prophète "le plus Saint". Parce qu'Il est le plus saint, selon lui, Il ne peut pas mourir. Et parce qu'Il ne peut pas mourir, Il disparaît après la Cène, et c'est un sosie qui va mourir à sa place. Or, le cœur de notre foi nous fait aimer Jésus parce que le Fils de Dieu qu'Il est depuis toujours, choisit de ne pas échapper à l'affrontement réel des souffrances les plus injustes et même de la mort la plus ignominieuse. Ce qui nous fait douter de la bonté de Dieu ne le fait pas douter, Lui. Il traverse les souffrances et la mort sans laisser place ni au doute, ni à la haine ; Il s'en remet à Dieu qui reste son Père, et pardonne à ses bourreaux qui restent ses frères.

§       Le second : l'Islam s'attache à un monothéisme qui exclut toute approche du mystère de la Trinité, en laquelle il voit du polythéisme. Or, le mystère de la Trinité, qui est la grande originalité de notre foi, comme son épicentre, nous ouvre à un Dieu vraiment unique, parce qu'Il est en trois personnes. La petite fille qui m'a dit un jour – "La Trinité ? C'est parce que quand on aime, on ne peut pas être tout seul !" – a déjà tout compris ! Notre Dieu est unique en cela qu'en Lui l'amour circule, se donne et danse ! Et s'offre à nous tous pour qu'entre nous tous, il en soit de même !

 

Tout faire pour faire reculer les peurs.

      Et là, je veux bénir au nom de Dieu, tous les baptisés, – je pense à de nombreux prêtres, religieux et religieuses, à de nombreux laïcs – qui, dans les quartiers les plus populaires et les établissements catholiques d'enseignement qui s'y trouvent, multiplient les lieux de rencontres respectueuses, d'actions de charité ensemble, de fêtes interculturelles, renonçant aux clichés stériles et aux jugements définitifs qui font monter la méfiance quand ça n'est pas la haine.

      Ils tissent de la charité sans naïveté ; ils sont habités de l'Esprit de l'Évangile.

 

@ François GARNIER

Archevêque de Cambrai

Article publié par Secrétariat DIOCESAIN • Publié le Mardi 07 décembre 2004 - 17h06 • 3671 visites

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